Théâtre | Rumeurs et clameurs du Raoul Collectif

Raou Collectif

Après avoir cartonné avec « Le signal du promeneur », le Raoul Collectif poursuit sa méthode atypique avec « Rumeur et petits jours », décortiquant notre corps social en toute décontraction.

Rencontrer le Raoul Collectif, c’est entrer dans une autre dimension, un espace-temps à l’inverse de notre monde actuel. Là où notre époque tend à tout rationaliser – le temps, les gens, la pensée –, les gaillards du Raoul déstructurent tout ce qui les entoure. Même l’interview sort des schémas classiques. Nous qui voulions interviewer seulement l’un des cinq pour plus d’efficacité en avons été pour nos frais. Ce sera les cinq ensemble ou rien du tout, nous a-t-on répondu. Même chose pour le processus de création. Là où les artistes prennent généralement cinq à huit semaines de répétition pour mettre une pièce sur pied, les Raoul (Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szezot) couvent leurs idées tout au long de l’année.

Passer une journée à marcher dans les Fagnes, partir au Mexique à la recherche d’un scientifique belge qui a tout plaqué pour rallier l’Amérique du Sud et y chasser un ptérodactyle (personnage abordé dans leur premier spectacle, Le signal du promeneur), vivre côte à côte en tournée, s’échanger des lectures : une grande part de leur inspiration et de leur travail provient de ces moments de vie partagés. C’est le processus même de la gestation d’une pièce qui devient la matière de cette pièce, dans un débat incessant d’idées. « Tout est toujours discuté et le spectacle n’existera que quand nous serons tous d’accord, sourit Jérôme De Falloise. C’est parfois exténuant comme méthode, mais quand ça marche, ça crée une énergie spéciale sur le plateau. »

L’individu et le collectif

Rencontrer un jeune Huichol (peuple indigène du Mexique), escalader un volcan à la Réunion, lire Artaud ou l’actualité belge : tout les interroge et nourrit leurs discussions. « Se rendre compte, en lisant Le Soir récemment, au moment des mouvements syndicaux, que les gens pensent aujourd’hui que la grève, c’est inutile, chiant et dangereux, ça éclaire forcément notre travail sur le plateau », remarque Benoît Piret qui prépare, avec ses compères, une suite du Signal du promeneur, intitulée Rumeur et petits jours, poursuivant leur réflexion autour des relations entre l’individu et le collectif.

« Dans Le signal, on explorait des histoires extraordinaires construites de manière individuelle. Cette fois, on explore des histoires extraordinaires qui ont construit des communautés autour de croyances qui sont devenues des vérités », résume David Murgia. Ils se sont inspirés aussi bien de la Société du Mont Pèlerin – une assemblée d’économistes qui a développé les fondements du néolibéralisme – que du combat d’un peuple indigène mexicain menacé de disparition, ou du mouvement situationniste. Les groupes (re)constitués par le Raoul collectif sont mis à l’épreuve autant dans ce qu’ils portent d’idéal que de violence.

Quels sont nos modèles ? Comment un modèle advient-il et écrase-t-il les autres ? Pourquoi notre modèle actuel tend-il à anéantir le collectif ? Telles sont quelques-unes des questions que posera leur nouvelle création. Tous formés au Conservatoire de Liège, les cinq auteurs, metteurs en scène et comédiens ont des personnalités différentes mais la même obsession : mettre l’acteur au centre de ses responsabilités comme acteur social et identifier les maux de notre société. Avec Rumeur et petits jours, on peut donc s’attendre à une attaque ludique et jubilatoire de notre monde rationnel, matérialiste et ethnocentriste.

Article de Catherine Makereel, Le Soir, 28 octobre 2015

Du 10 au 28 novembre au Théâtre National, Bruxelles.