
Fondée en 1826, ouverte en 1827, l'Ecole royale de musique et de chant, devenue en 1830 le premier Conservatoire royal de musique de Belgique, a été, dès ses débuts, dotée d'une bibliothèque.
Il ne s’agit pas de retracer ici l'histoire de la bibliothèque du Conservatoire royal de musique de Liège mais de signaler son importance sur le plan scientifique. Après plus de cent septante-cinq années d'existence, cette bibliothèque s’est considérablement enrichie et son fonds d'imprimés anciens que Maurice Barthélemy1 a reconstitué patiemment au cours de sa carrière (1971-1992), maintenant accessible sur Internet, fait l'objet de l'attention des savants et des spécialistes étrangers.
La bibliothèque a constitué un vif souci pour le premier directeur de l'établissement, Louis Joseph Daussoigne-Méhul2, qui a acheté notamment des matériels d'exécution de symphonies de Haydn gravés par Sieber ou Imbault.
Tout porte à penser que la bibliothèque a été constituée, au départ, d'imprimés et non de manuscrits. Dans les années 1826-1850 et même plus tard, l'imprimé ancien n'était pas encore rare et l'achat de matériels des symphonies de Haydn par Daussoigne-Méhul le prouve. On peut donc penser que beaucoup de livres et de partitions anciens, dont l'origine nous est inconnue, proviennent donc d'acquisitions de la première moitié du XIXe siècle. Ces achats constituent le fonds du Conservatoire proprement dit. A cela, il faut ajouter des dons ou des achats de diverses provenances.
1. Le fonds De Glimes
Le premier de ces dons, par la date, pourrait être le fonds De Glime3. Le catalogue manuscrit de cette bibliothèque est conservé au Conservatoire royal de Bruxelles. De Glimes avait prévu, dans son testament, un partage égal de ses livres entre les institutions liégeoise et bruxelloise. Cette collection comporte, en particulier, les premières éditions des opéras et des oratorios de Haendel.
2. Le fonds Terry
Au moment où Jean-Théodore Radoux4 devait résoudre le problème de la donation De Glimes, Léonard Terry5 meurt. C'est un collectionneur qui laisse une riche bibliothèque dont les héritiers cherchent à se défaire. Jean-Théodore Radoux finira par l'acheter 20.000 francs or après trois années de démarches et de marchandages et l’intervention de tous les niveaux de pouvoir. Toute l'attention de Terry s'est portée sur des manuscrits d'origine liégeoise et il était moins occupé par les livres imprimés. Toutefois, ce fonds est considérable par sa série de traités anciens dont certains sont aujourd'hui très rares.
3. Le fonds Debroux
Le fonds Joseph Debroux6 reste le témoignage précieux de l'activité d'un grand violoniste liégeois, un peu oublié de nos jours, mais qui fut l'ami et l'interprète favori de Max Bruch. Quand Debroux est mort à Nancy en 1929, sa famille a légué sa bibliothèque musicale au Conservatoire de Liège. Elle est du plus haut intérêt pour les violonistes.
4. Le fonds Brigode de Kemlandt - Luytens de Bossut7
Ce fonds provient de l’union de deux familles de mélomanes. En effet, le père de la mariée, le vicomte Maximilien François Joseph de Luytens de Bossut semble avoir été un amateur très éclairé. Il avait hérité de la bibliothèque de son père qui comprenait des œuvres de Charles Hubert Gervais, de Naudot, de Leclair, des sonates et des cantates à la mode vers 1750.
En plus de ces collections importantes, on peut ajouter des dons divers, comme ceux de Louis De Reul, ancien professeur de contrebasse, qui nous a légué une partition unique d'André Danican Philidor.
Au total, le fonds propre du Conservatoire, important par ses collections de matériels d'exécution, le fonds Terry, remarquable par ses traités anciens, le fonds Debroux et le fonds Brigode de Kemlandt, très caractérisés mais plus limités, constituent les bases de nos séries anciennes qui, du XVIe siècle à 1800, procurent une vision très étoffée de l’histoire de la musique.
Ajoutons un fonds considérable de littérature ancienne que le musicologue ne peut négliger. Il y trouvera des livres rares nécessaires à ses recherches.
Philippe Gilson
Bibliothécaire
1.Maurice Barthélemy (Gembloux, 1925 – Liège, 2004), bibliothécaire du CRLg de 1970 à 1990. Il a succédé à Eugène Sébastien Monseur, premier bibliothécaire, à proprement parlé, de 1946 à 1969.
2.Louis Joseph Daussoigne-Méhul, Givet, 1790 – Liège, 1875, directeur du CRLg de 1827 à 1862.
3.Ce professeur de chant au Conservatoire royal de musique de Bruxelles, né en 1814 et mort en 1881, avait beaucoup voyagé et il s'était formé une bibliothèque dont Fétis dit qu'elle était composée de « huit cents grandes partitions », y compris les manuscrits.
4.Jean-Théodore Radoux (Liège, 1835 - Liège, 1911), directeur du CRLg de 1871 à 1911. Il succéda à Etienne Soubre (Liège, 1813 – Liège, 1871), directeur du CRLg de 1862 à 1871.
5.Léonard Terry (Liège, 1816 – Liège, 1882), professeur de chant au CRLg, compositeur, folkloriste, chef de chœur et musicographe, il était le petit-fils d’une marchande de musique (la Veuve Terry) qui avait recueilli le fonds de musique de la cathédrale Saint-Lambert sauvé par Henri Hamal à la Révolution liégeoise.
6.Joseph Debroux (Liège, 1866 – Nancy, 1929) s'est intéressé très jeune au répertoire des violonistes des XVIIe et XVIIIe siècles qu'il a fait connaître lors de récitals donnés à Paris, chez Pleyel, de 1892 à 1922. Pour alimenter ses concerts en œuvres anciennes, Debroux a travaillé à la Bibliothèque nationale et il a établi, avec le concours de Joseph Jongen et d'Alexandre Guilmant, une magnifique collection pour le violon. Il a aussi acheté, non seulement des partitions de violon des maîtres anciens, mais aussi des opéras, des traités.
7.A la fin du XVIIIe siècle, habitait à Lille, Louis Marie Joseph de Brigode de Kemlandt (1776- ?), fils de Pierre Jacques, secrétaire du roi, né en 1726. Louis Marie Joseph avait un frère aîné : Pierre François (1773-1848) qui s'est marié en 1813 avec Marie-Antoinette de Luytens de Bossut.
|